DEVENIR MÉCÈNE

13 octobre 1921
Naissance d’Yves Montand

Né en 1921 dans une famille d’immigrés italiens, Yves Montand commence sa carrière dans le monde du spectacle par la chanson. Le Salaire de la peur, d’Henri-Georges Clouzot, le révèle au cinéma. Avec Simone Signoret, il forme à partir de 1951 un couple très médiatisé en raison de ses succès professionnels, mais également de ses engagements politiques. À l’écran comme à la scène, Yves Montand compose avec un mélange d’exubérance et de retenue, dans une tension singulière entre spontanéité et maîtrise. 

 

 

© Robert et Raymond Hakim/Paris Film/Diltz/Bridgeman Images

Chanteur, acteur, témoin de son siècle, Yves Montand était par excellence un homme de spectacle. Pour comprendre dans toute son ampleur ce que recouvre une telle expression, il faut le voir au travail dans le magnifique documentaire que lui a consacré Chris Marker, La solitude du chanteur de fond. On l’y voit répéter un récital donné un seul soir, au bénéfice des réfugiés du Chili, en 1974. La voix, le rythme, le passage impromptu d’un registre à un autre, tout est là impeccablement posé, l’air de rien, mais ce qui fascine par-dessus tout, c’est l’art du geste. En comédien accompli, il évoque un personnage d’une main qui rajuste un gilet, il dessine une atmosphère d’un mouvement des doigts dans la lumière. Il suffit d’un poing qui se serre, d’un geste léger vers un visage évoqué pour que la chanson déborde, que les paroles et la musique convoquent des images, suffisamment précises pour nous emporter, suffisamment diffuses pour nous laisser rêver.  

Conscient de révéler dans ces répétitions filmées un travail qui devrait rester invisible, Montand explique comment le moindre geste, répété cent fois, exactement posé à chaque occurrence, est le fruit d’un élan initial, d’un mouvement spontané du corps, qu’il s’agit pour lui de retenir, de peaufiner, de rendre à son essence. L’art du comédien est entièrement dans cet équilibre entre l’impulsion et le travail de rabotage. 

On regarde alors autrement les premières minutes éblouissantes de César et Rosalie (Claude Sautet), ou les emballements du Diable par la queue (Philippe de Broca). Cette apparente spontanéité, ce débordement « de nature », sont les moments d’un métier, mais qui trouvent leur énergie et leur vérité dans les élans premiers de l’homme lui-même. Dira-t-on assez qu’il y a souvent plus de sincérité dans ces gestes ouvragés que dans les maladresses d’un amateur ? Montand, dans la lignée d’un Raimu, en a fait l’exposition magnifique. 

À ces gestes impeccablement mesurés (jusque dans leur démesure), « placés » dans le rythme juste, correspondent ce que l’on pourrait appeler les gestes politiques. Celui qui se revendiquait « saltimbanque sans être somnambule » en savait aussi bien l’efficacité et la limite. Dans d’autres proportions, le choix d’un rôle, d’une déclaration, d’un voyage étaient autant de signes, lucides et personnels, pour dessiner une réflexion plus vaste, pour amorcer une prise de conscience. 

Dans La Solitude d’un chanteur de fond, le poing qui se ferme au détour d’un refrain marque la révolte, c’est l’acteur au travail ; et le récital d’un soir est donné au profit des réfugiés chiliens, c’est l’acteur dans sa vie. Tout Montand était dans l’amplitude généreuse de ces gestes, aux effets calculés qui venaient du plus profond des tripes. 

Vincent Amiel, professeur à l’université Panthéon-Sorbonne et à l’ESRA, auteur de Josef L. Mankievicz et son double et d’une Histoire Vagabonde du cinéma (avec José Moure) 

 

À lire

Yves Montand, Hervé Hamon, Patrick Rotman, Montand raconte Montand, Paris, éditions du Seuil, 2001  

Vincent Amiel, Jacqueline Nacache, Geneviève Sellier, Christian Viviani (dir.), L’Acteur de cinéma, approches plurielles, PUR-éditions, collection Le spectaculaire cinéma, 2007 

Vincent Amiel, José Moure, Histoire Vagabonde du Cinéma, Paris, éditions Vendémiaire, 2020 
 

À voir

La solitude du chanteur de fond, de Chris Marker 

Le salaire de la peur, d’Henri-Georges Clouzot 

César et Rosalie, de Claude Sautet 

Le diable par la queue, de Philippe de Broca 

Z, de Costa-Gavras 

L’aveu, de Costa-Gavras 

Yves Montand sur le tournage de Grand prix en 1966 © Wikicommons
Yves Montand et Marilyn Monroe sur le tournage de Let’s make love en 1960 © Wikicommons

Ressources

Ciné-Ressources : Notice biographique d’Yves Montand

France inter : « Montand-Signoret, couple politique »

France Inter : Podcast « Yves Montand »

Actualités

Vinyle : Sortie d’un 33 tours inédit d’Yves Montand, Du soleil plein la tête

Un 33 tour inédit de Montand, un nouveau vinyle INA, en partenariat avec Diggers Factory. Une édition limitée et numérotée. Sortie le 10 octobre 2020. Ces 13 chansons, interprétées entre 1948 et 1953, en concert ou à la radio, résument à la fois une période charnière de la carrière d’Yves Montand — celle de l’accession définitive au statut de grande vedette — et tout ce qui fait la particularité de son style et de son répertoire.  

Pour en savoir plus : Disponible en prévente sur diggersfactory.com et sur boutique.ina.fr. En magasins le 10 octobre 2020. Plus d’informations sur le site des presses de l’Ina (presse.ina.fr). 

Dossier : L’œil de Melody : 5 photos pour illustrer la carrière d’Yves Montand

En 2021, nous célébrons le centenaire de la naissance du génie du music-hall. Retour en quelques clichés sur la carrière musicale et cinématographique d’Ivo Livi. 

Pour en savoir plus : Dossier accessible sur le site de Melody TV (melody.tv). 

Programme spécial : Montand et Signoret : liés dans la vie comme à l’écran

À l’occasion du centenaire de la naissance du couple, retrouvez Yves Montand dans différentes émissions (descriptif complet disponible sur le site de Mélody TV). Tous ces programmes sont présentés par Benjamin Castaldi, le petit-fils du couple. 

Pour en savoir plus : Article et programme complet disponibles sur le site de Mélody TV, émissions diffusées en direct entre le 22 et le 26 mars 2021 (melody.tv). 

 

Livre : Benjamin Castaldi, Je vous ai tant aimés…

Benjamin Castaldi se souvient de sa grand-mère Simone Signoret et d’Yves Montand, le père adoptif de sa mère Catherine Allégret, dont il fut proche jusqu’à la fin de leur vie, dans leur maison d’Autheuil. Il imagine avec tendresse leur rencontre, et fait le récit de cet amour. 

Pour en savoir plus : Benjamin Castaldi, Je vous ai tant aimés…, collection Documents, Editions du Rocher, Monaco, 2021. 

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