DEVENIR MÉCÈNE

27 août 1521
Mort de Josquin Desprez

Compositeur illustre de la Renaissance, Josquin Desprez bénéficia dans sa jeunesse de l’importante culture musicale de sa région natale, dans l’actuelle Picardie, avant de devenir lui-même l’un des plus talentueux promoteurs de l’École franco-flamande. Comme la plupart de ses pairs, il fut formé à la musique polyphonique sacrée, genre dominant de l’époque, avant d’accomplir une carrière nomade comme maître de Chapelle, en France et en Italie. Si l’essor de l’édition musicale favorisa sa renommée après sa mort, il fut reconnu dès son vivant comme un maître incontesté du contrepoint, cet art musical consistant à superposer plusieurs lignes mélodiques distinctes.

Josquin Desprez, de son vrai nom Josse Lebloitte, est né vers 1450 dans le Vermandois, petite région située autour de Saint-Quentin, entre Cambrai et Noyon. Son éducation musicale commence à la collégiale de Saint-Quentin, puis à Cambrai, célèbre à l’époque par la présence de Guillaume Dufay. Comme ses contemporains chanteurs, les années d’apprentissage de Josquin se poursuivent en « vicariant », en se déplaçant de cour princière ou royale en psallette ou chapelle musicale des dignitaires de l’église. En 1477, il rejoint la chapelle de René d’Anjou à Aix-en-Provence. À la mort de son protecteur en 1480, s’est-il mis au service du roi de France dans son château de Plessis-Lès-Tours ou à la Sainte-Chapelle à Paris ? Ces années d’itinérance, encore mal connues, lui permettent de connaître des maîtres qu’il admire, de connaître le style de chacun, de se forger ainsi le sien de même qu’une réputation dont témoignent ses premières œuvres (Adieu mes amours, Missa L’ami Baudichon), copiées en France comme en Italie.

Au début des années 1480, il est à Milan au service du cardinal Ascanio Sforza qu’il accompagne dans ses nombreux voyages lorsque ce dernier est nommé légat du pape. De cette période date le fameux Portrait de musicien de Léonard de Vinci dont le modèle pourrait être notre musicien. En juin 1489, il rejoint à Rome la chapelle papale et laisse, au cours de la décennie suivante, un grand nombre d’œuvres témoignant de sa maturité dans la science du contrepoint, dans la maitrise des grandes architectures musicales (les messes sur L’homme armé). À l’aube du siècle suivant, nous supposons que Josquin, maintenant considéré comme un des meilleurs maîtres de chapelle de l’époque par l’excellence de ses compositions,  se déplace beaucoup, en France à la cour de Louis XII, à Lyon, peut-être en Lorraine et en Espagne. Il accepte en 1503 la charge de « Maestro di Capella de Ferrare » et devient alors le chanteur le mieux rétribué de la chapelle ducale d’Hercule d’Este, forte de 34 chanteurs parmi les meilleurs de l’époque. Les chefs d’œuvre s’enchaînent dans cet univers stimulant (Virgo salutiferi, Miserere mei), mais en avril 1504, il prend définitivement congé de la cour et de la péninsule italienne, échappant ainsi l’année suivante à la peste qui emportera son duc et son successeur, le musicien Jacob Obrecht.

Josquin Desprez profite enfin de sa prébende à Notre-Dame de Condé-sur-l’Escaut, un bénéfice ecclésiastique accordé aux bons chanteurs pour leurs vieux jours. « Messire Josse des pres » y est prévôt, une charge enviée qui le met définitivement à l’abri de tout souci matériel. Son activité musicale est intense car il nourrit les premières éditions musicales de l’imprimeur Petrucci dès 1503 à Venise. D’autres volumes paraissent régulièrement jusqu’en 1514, reprenant chansons, motets et messes. En parallèle Josquin Desprez compose pour la cour de Marguerite d’Autriche à Malines (Mille regrets, Missa Faisant regrets) et le fameux atelier du copiste Alamire.

Le 23 août 1521, Josquin rédige son testament avant de rendre l’âme le 27 août. Il sera inhumé dans le chœur de Notre-Dame de Condé. Aujourd’hui, la tombe ainsi que l’église d’origine n’existent plus.

Le succès des pièces profanes (environ 75 chansons de trois à sept voix), ou religieuses comme ses motets (une soixantaine environ) se mesure déjà par le fait qu’un demi-siècle après la mort du compositeur, on les édite toujours. C’est très ironiquement que Georg Forster dans la préface d’un livre de motets paru à Nuremberg en 1540 signale la singulière activité post mortem de Josquin : « … Depuis la mort de Josquin, on trouve de lui davantage de motets que de son vivant… »

18 messes avérées et 14 fragmenta missarum complètent sa production religieuse. Elles témoignent, par le nombre de copies manuscrites, de l’estime dont le compositeur jouissait dans la seconde moitié du quinzième siècle. Les éditions imprimées tout au long du siècle suivant assoient définitivement la consécration du compositeur comme le  princeps musicorum, le prince des musiciens, le premier d’entre eux.

Ses œuvres sont imitées, prises comme modèle par les musiciens contemporains, ou citées dans les œuvres littéraires et traités musicaux. Josquin est ainsi « le maître des notes » pour Luther (1538), « l’empereur des chanteurs » pour Glarean (1547) qui le compare à Ovide, Cosimo Bartoli (1567) le plaçant à l’égal de Michel Ange ; François Rabelais le cite dans la liste des plus grands compositeurs de son temps (1552). Pierre Moulu (v. 1480 – 1550) l’évoque dans la pièce Mater floreat, résumant ainsi l’avis de tous : Josquin incomparabilis.

 

Jacques BARBIER, ancien Professeur des Universités
Centre d’Études Supérieures de la Renaissance – Université de Tours.

 

À lire

Jacques BARBIER, Josquin Desprez, Paris : bleu éditeur, 2010.

David FALLOWS, Josquin, Turnhout : Brepols Publishers, 2009.

Carlo FIORE, Josquin des Prez, Palerme : L’Epos, 2003.

Jean-Pierre OUVRARD, Josquin Desprez et ses contemporains, Arles : Actes Sud, 1986.

 

À écouter

 

Josquin Desprez – Adieu mes amours – Chansons, Ens. Clément Janequin, Harmonia Mundi 901279, 1988.

Josquin Desprez – Le septiesme livre de chansons, Clément Janequin, Ricercar 423, 2020.

The legend of Josquin Desprez, Ensemble La Sestina, Sony Music 88843062462, 2014.

Josquin Desprez – Motets, Orlando Consort, DG, Archiv 463 473-2, 2000.

Josquin Desprez – De passione, Odhecaton, Assai 222222-MU 750, 2002.

Intégrale des messes : Josquin l’européen, 10 CD, Métamorphoses, Éditions de l’Homme armé, 2021.

Manuscrit montrant le Kyrie de la Missa de Beata Virgine, une œuvre tardive. (Rome, Biblioteca Apostolica Vaticana) © WikiCommons
Portrait de Josquin Desprez, gravure parue dans Famous Composers and their works, vol.1, 1906 © WikiCommons

Actualités

Le grand-œuvre est ainsi achevé, pour le 500ᵉ anniversaire (en 2021) de la mort de Josquin des Prés ; les Tallis Scholars et leur chef Peter Phillips publient sur leur label Gimell le neuvième et dernier volume consacré aux messes du maître franco-flamand, regroupant trois de ses compositions parmi les plus singulières.

Pour en savoir plus : Article au sujet de la publication sur le site de Res Musica (resmusica.com), extrait à écouter sur France Musique (francemusique.fr)

A l’occasion des 500 ans de la disparition de Josquin des Préz, l’ensemble vocal amarcord donne un concert en l’église Saint-Thomas de Leipzig pour rendre hommage à ce compositeur français parmi les plus influents de la Renaissance. Celui que ses contemporains surnommaient le « Prince de la Musique » avait fait accéder la polyphonie vocale de l’école dite franco-flamande à son apothéose. Il est un des piliers du répertoire de l’ensemble vocal amarcord, formation maintes fois primée. Pour ce concert anniversaire, les cinq chanteurs ont imaginé un programme composé de ses messes et motets dédiés à la Vierge.

Pour en savoir plus : Concert accessible sur le site d’Arte.tv du 30 avril au 29 juillet 2021.

En  2006, Maurice Bourbon se lance dans un projet de grande ampleur : l’enregistrement en dix volumes de l’intégrale des dix-huit messes du compositeur franco-flamand Josquin Desprez, une première mondiale.

Dans cette dernière publication, profitant de la forme inhabituelle de la messe D’ung aultre amer et de la relative brièveté des deux messes, Maurice Bourbon a donc imaginé une création en encadrant les œuvres magnifiques de Josquin par des compositions originales sur des textes d’Agrippa d’Aubigné, de Ronsard, de Baudelaire et de Proust, ainsi qu’un madrigal spirituel de Monteverdi. Comme un clin d’œil d’auteurs, au fil des siècles, à un glorieux prédécesseur !

Pour en savoir plus : Le CD et sa présentation sur le site de l’Homme armé éditions. Sortie le 17 avril 2021.
A écouter sur Spotify ici.

Ce nouvel enregistrement de Stile Antico consacré à Josquin des Prés (ou des Prez, ou Desprez) à l’occasion du 500e anniversaire de sa mort, marque une étape pour le fameux ensemble vocal mixte qui passe d’Harmonia Mundi à Decca Classics.

De ce compositeur de première importance de l’école franco-flamande à la fin du XVᵉ siècle et au début du XVIᵉ siècle, l’ensemble Stile Antico a retenu principalement la Missa Pange lingua sur une mélodie de plain-chant, une œuvre tardive publiée après la mort du compositeur, associée à quelques motets, un répertoire enregistré relativement souvent. Figure également dans ce programme une pièce de Jachet de Mantoue, un motet qui est connu pour citer textuellement et musicalement cinq motets de Josquin dont deux sont enregistrés ici.

Pour en savoir plus : Plus d’informations sur l’enregistrement sur le site de Res Musica (resmusica.com), achat du CD sur le site de Decca music (store.deccaclassics.com), à écouter et regarder sur la chaîne Youtube de Stile Antico

Les 500 ans de la mort de Josquin Desprez (1521 – 2021). Josquin, premier auteur vénéré, célébré de son vivant tel une célébrité, reconnu pour le génie de ses mélodies profanes (vernaculaires) comme de ses pièces sacrées ? Homme du début du XVIè, au temps de la première Renaissance, le Français fait figure de première « pop star », estimé alors à l’échelle européenne, tant pour ses chansons que ses motets : un phénix incontournable à l’inspiration profane comme sacrée, publié donc diffusé partout en Europe, recherché par les Grands et les princes… Quel patrimoine musical et artistique nous laisse-t-il en héritage ? Qui fut Josquin ? Dossier spécial 500 ans après sa disparition.

Pour en savoir plus : Dossier à lire sur le site de Classique News (classiquenews.com)

En 2021 nous commémorons les 500 ans de la mort de Josquin Des Pres, le compositeur le plus célèbre de son temps. Dominique Visse, avec l’Ensemble Clément Janequin, a choisi d’enregistrer une sélection de ses chansons à partir principalement du Septiesme livre de Chansons de Tylman Susato (1545). Cette édition témoigne de la diversité des chansons de Josquin, mais surtout de la mélancolie, de la douleur si souvent inscrite en son œuvre, un hommage rendu à ce grand compositeur, comme l’attestent les deux Déplorations sur la mort de Josquin retenues pour cet enregistrement, Musæ Jovis de Nicolas Gombert et O mors inevitabilis de Hieronymus Vinders. Cet enregistrement s’attache à faire entendre l’héritage de Josquin, l’expression post mortem de son œuvre en chansons, la souvenance de son génie musical.

Pour en savoir plus : Plus d’informations sur le site d’Outhere Music (outhere-music.com)

Regroupant quelques véritables « tubes » de la musique de la Renaissance, ce disque réunit toute une série d’enregistrements que Vox Luminis a réalisé au cours des dernières années pour divers coffrets historiques de Ricercar : Polyphonie flamande, Réforme et Contre-Réforme, L’Europe musicale de la Renaissance.

Pour en savoir plus : Le CD et un extrait sur le site de Vox luminis (voxluminis.com)

On célèbre cette année les 500 ans de sa mort. Josquin des Prés fut l’un des plus grands compositeurs à l’aube de la Renaissance. Précurseur, innovateur, les superlatifs ne manquent pas pour désigner le musicien picard, auteur de plus d’une centaine d’œuvres.

Pour en savoir plus : Article à lire sur le site de France 3 régions (france3-regions.francetvinfo.fr)

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