DEVENIR MÉCÈNE

Les 72 jours de la Commune de Paris : exercice du pouvoir et héritage politique

Article de Jean-Louis Robert, professeur émérite de l’Université de Paris-I.

Après l’insurrection du 18 mars 1871, le Comité central de la Garde nationale organise rapidement des élections municipales. Celles-ci se dérouleront le 26 mars et aboutiront à la proclamation de la Commune de Paris le 28 mars. 

L’assemblée communale élue, la Commune, dirige Paris. Les 81 élus qui siègent (certains ont démissionné rapidement) sont d’origine sociale diverse et, chose rare, on y compte près de 30 ouvriers. Mais artistes, petits bourgeois et intellectuels y sont nombreux. Ils sont partagés entre plusieurs courants (républicains jacobins, internationalistes, socialistes modérés, socialistes révolutionnaires…). La particularité de ce gouvernement d’assemblée est de laisser une large part à la démocratie implicative. Les élus sont responsables et révocables. Des assemblées populaires se réunissent fréquemment dans les quartiers et multiplient les propositions. Des associations jouent un rôle considérable comme l’Union des femmes pour la défense de Paris, qui veut que les femmes participent à la Commune jusqu’à combattre pour elle. Par ailleurs, les communards, réticents à toute domination, s’opposent à l’idée d’avoir un chef. La Commune n’a ni maire, ni président. Le président de séance change chaque jour. L’organisation de ce système démocratique reste cependant fragile.

Beaucoup d’élus restent influencés par le socialisme de Proudhon qu’ils colorent de rouge, alors que Marx reste inconnu de la quasi-totalité des communards. Ainsi la Commune respectera la Banque de France, les compagnies privées de chemins de fer etc… Mais elle soutient le développement des syndicats ouvriers, encourage des formes d’économie sociale comme les associations ouvrières de production et introduit une participation des travailleurs à la gestion des ateliers et des services publics.

Malgré les circonstances difficiles créées par la guerre civile , la Commune va prendre toute une série de mesures qui vont dans le sens d’une République démocratique et sociale. On doit citer :

-le décret du 2 avril de séparation de l’Église et de l’État ;

-le décret du 8 avril sur les pensions donnant les mêmes droits aux compagnes non mariées et aux enfants naturels qu’aux femmes mariées et aux enfant légitimes ;

-le décret du 16 avril sur la réquisition des ateliers abandonnés donnés en gestion aux associations ouvrières ;

-les décrets des 20/27 avril interdisant le travail de nuit dans les boulangeries et les amendes et retenues sur salaire ;

-le décret du 24 avril sur la réquisition des logements vides ;

-les décrets interdisant le cumul des salaires et fixant un maximum des salaires ;

-le décret du 6 mai autorisant le retrait gratuit des objets de moins de 20 francs engagés au Mont-de-Piété ;

-le décret du 19 mai laïcisant les écoles communales ;

-le décret du 21 mai sur l’égalité des salaires des institutrices et des instituteurs (premier décret d’égalité des salaires des femmes et des hommes).

Après l’écrasement de la Commune, le gouvernement de Thiers annule toutes les dispositions votées ou effectuées par la Commune – même les mariages ! Il dissout la garde nationale. 40000 Parisiens sont arrêtés, 46000 jugés par 26 conseils de guerre. 10000 seront condamnés aux travaux forcés, à la déportation, à l’emprisonnement, au bannissement. Plusieurs milliers de Parisiens échappent à la condamnation par l’exil. L’amnistie générale sera votée en 1880 par la République pour, comme le déclare Gambetta le 21 juin, « mettre la pierre tumulaire de l’oubli sur les crimes et les vestiges de la Commune. » L’amnésie devenait la règle pour la mémoire de la IIIe République.

Tyard fut un homme de dialogue et de tolérance, qui se distinguait par sa fidélité inébranlable à la royauté. Mais il sut se placer au-dessus des événements pourtant dramatiques de son époque. Détestant toute forme de haine et de violence, il aimait se retirer du monde et choisissait alors comme devise une citation de Cicéron : SOLITUDO MIHI PROVINCIA EST, disant comme lui « La solitude m’est imposée ».

L’œuvre poétique de Pontus de Tyard porte l’empreinte et l’influence de Platon, de Pétrarque et de la mythologie. On y trouve aussi l’idéal humaniste, teinté de foi. Mais dans ses Erreurs Amoureuses et autres livres poétiques, Tyard a toujours quelque chose de personnel à dire, se détachant de tout modèle. Pour lui, la poésie n’est pas un but en soi, mais elle joue un véritable rôle, celui du ravissement de l’âme, et pour cela elle est très étroitement liée à la musique. Le « Solitaire Second » de Tyard est la première œuvre consacrée à la musique écrite en langue française. Pour Tyard, l’harmonie poétique et musicale est symbolique de l’harmonie universelle, et la marche de l’Univers est considérée comme une harmonie musicale. Ce qui importe avant tout pour lui, ce sont les effets de la musique sur l’homme.

Pontus de Tyard n’était pas seulement un membre actif de l’Académie du Palais, créée en 1570 par Jean-Antoine de Baïf, il en était le penseur philosophique et le théoricien majeur ! Les préoccupations de l’Académie et les sujets traités dans ses « Discours philosophiques » se recoupent parfaitement. Nous savons par ailleurs qu’il avait réuni en son château une des plus riches bibliothèques du royaume.

Tyard se passionna très tôt pour l’étude du ciel, les mouvements des astres et les mathématiques. Dans son « Premier Curieux », il se félicite de la visite à Bissy de Peletier du Mans, venu pour « filozofer ensemble » et qui « apperceut Jupiter esclairant de raiz si lumineux que l’ombre apparoissoit. » Tyard possédait en effet les instruments nécessaires à l’observation du ciel nocturne, et il se tenait au courant de toute découverte et nouveauté, y compris celles de Copernic. Par contre il ne croyait pas du tout à l’astrologie, sujet qu’il a discuté vivement avec son cousin et voisin Guillaume des Autels dans son livre « Mantice ou Discours de la vérité de Divination par Astrologie».

Quand le roi Henri III nomma Tyard évêque de Chalon-sur-Saône en 1578, il avait besoin d’un homme irréprochable, avec deux exigences inséparables : une exigence ecclésiastique et une exigence monarchique. En la personne de son aumônier personnel, il disposait de l’homme idéal ! Pour Tyard, les chrétiens devaient s’entendre, par-delà toute barrière politique, sur les fondements du christianisme. Il est le seul évêque du XVIe siècle à avoir publié des Homélies. Il pensait vraiment pouvoir convaincre les protestants par tous ses arguments … !

La fin du XVIe siècle est une époque très mouvementée. Chalon est alors une espèce de microcosme de la France, où les différentes factions s’affrontent. Quand le roi réunit les Etats Généraux à Blois en 1588, Tyard est élu délégué du clergé. Après l’assassinat du Duc de Guise, son frère, le Duc de Mayenne, installe à Chalon des proches de la Ligue aux postes importants. Au retour des Etats en janvier 1589, ceux-ci empêchent l’évêque d’entrer dans sa ville, l’obligeant à se retirer à Bragny-sur-Saône.

Il y vivra désormais tranquillement parmi ses livres, étudiant et écrivant inlassablement, avant de s’éteindre le 23 septembre 1605, âgé de 84 ans. Il repose dans l’église paroissiale de Bragny.

Claus-Peter Haverkamp, membre titulaire de l’Académie de Mâcon, auteur de Pontus de Tyard (1521-1605), Un Curieux dans son siècle…

© Archives de la Société d’Archéologie et d’Histoire de Chalon-sur-Saône
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