DEVENIR MÉCÈNE

11 février 1821
Naissance de l'égyptologue Auguste Mariette

Le décor oriental et les incroyables péripéties que traversa Auguste Mariette ne pouvaient qu’inspirer les poètes et les romanciers. Portrait d’un savant de l’Egypte encore méconnu, qui consacra sa vie à la préservation du patrimoine égyptien.

Auguste Mariette est un égyptologue-aventurier français du XIXe siècle. Considéré comme l’un des Pères de l’Égyptologie, il joua un rôle déterminant dans cette science et pourtant, il est injustement tombé dans l’oubli.

En 1850, lorsqu’Auguste Mariette, tout juste âgé de 29 ans, débarque en Égypte, il ne sait pas encore que les mois à venir vont bouleverser son avenir et celui de l’Égyptologie. Il est alors missionné par le Musée du Louvre pour acheter des manuscrits anciens mais les autorisations d’achat sont compliquées à obtenir et le jeune égyptologue n’a jamais été très patient. Il décide de quitter Alexandrie pour le Caire où il fait la connaissance d’un archéologue français, Bonnefoy, qui a travaillé dans le passé pour Jean-François Champollion, l’égyptologue qui parvint à déchiffrer entièrement le système complexe des hiéroglyphes. Les deux hommes se lient d’amitié et décident de faire du tourisme dans les environs. C’est en se rendant dans le désert de Saqqarah qu’Auguste Mariette découvre une tête de sphinx qui émerge des sables. Elle ressemble fortement aux sphinx qu’il a pu admirer dans les jardins du consul de Belgique à Alexandrie et chez des antiquaires du Caire. Et tout à coup, il se remémore un passage du géographe grec Strabon qui évoque, à Saqqarah, une longue allée de sphinx qui mène au Sérapéum, la nécropole des taureaux sacrés d’Apis adorés dans le coin.

Audacieux, il décide d’utiliser l’argent du Musée du Louvre pour débuter des fouilles, un pari risqué s’il échoue. Après des mois de fouilles compliqués par les complots de ses ennemis de l’ombre, des archéologues, antiquaires, collectionneurs et pilleurs de tombe qui voient d’un mauvais œil l’avancée de ses fouilles, Auguste Mariette découvre le Sérapéum et signe la première grande découverte archéologique en Égypte.

Au cours de son séjour dans le pays, l’égyptologue s’est rendu compte que le patrimoine de l’Égypte est vendu pour quelques piastres lorsqu’il n’est pas détruit par les Égyptiens qui ne se rendent pas compte de l’importance des monuments ou des momies antiques. Avec son énergie et sa détermination habituelles, il arrive à convaincre Saïd Pacha, le Vice-roi d’Égypte, de l’importance et de l’utilité d’un musée. Il s’agira du musée de Boulaq, au Caire, le tout premier musée du pays. Parmi les chefs d’œuvre de l’art égyptien que l’égyptologue découvrit, se trouvent le fameux scribe accroupi, au visage exceptionnellement réaliste, aujourd’hui conservé au Musée du Louvre ; la statue de Kaâper, surnommée le Cheikh el-Beled, ce qui veut dire « le chef du village », en raison de sa ressemblance avec le chef du village de Saqqarah qui faisait partie de l’équipe de fouilles de Mariette ; la statue du roi Khéphren protégé par le dieu-faucon Horus ; l’ensemble statuaire de Râhetep et de son épouse Néféret qui paraissent si vivants grâce à l’incrustation de cristal de roche au niveau de la pupille ; ou encore le célèbre collier de mouches en or de la reine Âhhotep Ire.

En 1854, appuyé par son ami Ferdinand de Lesseps et le prince Napoléon-Jérôme Bonaparte à qui il a servi de guide durant un séjour en Égypte, Auguste Mariette convainc le Vice-roi de la nécessité de créer le Service des Antiquités de l’Égypte, qui sera le premier organisme au monde à protéger et valoriser le patrimoine d’un pays. En 1993, il a été rebaptisé Conseil Suprême des Antiquités et depuis 2011, il fait partie du Ministère des Antiquités égyptiennes. Sous son autorité, des fouilles archéologiques et des chantiers de restauration sont menés un peu partout dans le pays.

Auguste Mariette était un homme aux talents multiples et un grand artiste. Il n’y a qu’à voir l’importante collection de dessins qu’il nous a laissés. Son œuvre artistique la plus connue demeure toutefois le scénario de l’opéra Aïda qui lui est commandé par le Vice-roi d’Égypte Ismaïl Pacha, lequel souhaite éblouir ses prestigieux invités à l’occasion de l’inauguration du Canal de Suez. La pièce ne put finalement être jouée à temps, mais cela n’empêcha son succès international.

En dépit d’une vie riche en aventures et découvertes, Auguste Mariette fut accablé par le sort. Il perdit huit de ses onze enfants de son vivant ainsi que son épouse Éléonore, emportée par le choléra qui sévit au Caire en 1865, à l’âge de 38 ans. En outre, de graves problèmes d’ophtalmie rythmèrent sa vie, le contraignant parfois à rester des semaines dans le noir. Le diabète finit par l’emporter, le 18 janvier 1881, à l’âge de 60 ans.

Amandine Marshall, docteur en Égyptologie, auteur de Auguste Mariette, un aventurier-égyptologue (Mondes antiques – biographie) et de Auguste Mariette : un aventurier à la conquête de l’Égypte (La Châtaigne Bleue – roman historique jeunesse).

 

 

À lire :

Jean-Louis Podvin, Auguste Mariette (1821-1881) : Des berges de la Liane aux rives du Nil, éd. Harmattan, 2020.

Elisabeth David, Mariette Pacha : 1821-1881, Pygmalion, 1997.

Le scribe accroupi © Musée du Louvre / François Gourdon
Tête de Râhetep © Musée égyptien du Caire / Daniel Berrubé
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