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L’Ours et les deux compagnons

Il s’agit de la fable XX du livre V des Fables choisies, publié en 1668. Le fonds Erhard comprend 46 illustrations de cette fable.

Pistes pédagogiques

 

  • Relever et commenter le vers où s’exprime l’extrême dangerosité de l’ours et commenter les procédés choisis par les illustrateurs pour en rendre compte.
  • Relever dans la fable les évocations du cadre où se déroule l’action et comparer avec le rôle joué par le décor dans les illustrations. Quelles sont celles où il est le plus important et pourquoi ?
  • Dans la fable, quels sont les traits dominants des deux compagnons ? De l’ours ? Quelles sont les illustrations où ils apparaissent le plus clairement ?

Choisir le vers que l’on préfère et l’image qui pourrait l’illustrer.

 

L’Ours et les deux Compagnons

 

Deux Compagnons pressés d’argent
À leur voisin Fourreur vendirent
La peau d’un Ours encor vivant,
Mais qu’ils tueraient bientôt, du moins à ce qu’ils dirent.
C’était le Roi des Ours au conte de ces gens.
Le Marchand à sa peau devait faire fortune :
Elle garantirait des froids les plus cuisants ;
On en pourrait fourrer plutôt deux robes qu’une.
Dindenaut prisait moins ses Moutons qu’eux leur Ours :
Leur, à leur compte, et non à celui de la Bête.
S’offrant de la livrer au plus tard dans deux jours,
Ils conviennent de prix, et se mettent en quête ;
Trouvent l’Ours qui s’avance, et vient vers eux au trot.
Voilà mes Gens frappés comme d’un coup de foudre.
Le marché ne tint pas ; il fallut le résoudre :
D’intérêts contre l’Ours, on n’en dit pas un mot.
L’un des deux Compagnons grimpe au faîte d’un arbre ;
L’autre, plus froid que n’est un marbre,
Se couche sur le nez, fait le mort, tient son vent ;
Ayant quelque part ouï dire
Que l’Ours s’acharne peu souvent
Sur un corps qui ne vit, ne meut, ni ne respire.
Seigneur Ours, comme un sot, donna dans ce panneau.
Il voit ce corps gisant, le croit privé de vie,
Et de peur de supercherie
Le tourne, le retourne, approche son museau,
Flaire aux passages de l’haleine.
« C’est, dit-il, un Cadavre : ôtons-nous, car il sent. »
À ces mots, l’Ours s’en va dans la Forêt prochaine.
L’un de nos deux Marchands de son arbre descend ;
Court à son Compagnon, lui dit que c’est merveille
Qu’il n’ait eu seulement que la peur pour tout mal.
« Eh bien, ajouta-t-il, la peau de l’Animal ?
Mais que t’a-t-il dit à l’oreille ?
Car il s’approchait de bien près,
Te retournant avec sa serre.
— Il m’a dit qu’il ne faut jamais
Vendre la peau de l’Ours qu’on ne l’ait mis par terre. »

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