DEVENIR MÉCÈNE

La Guerre de 1870-1871

Les guerres mondiales du XXe siècle ne doivent pas faire oublier le conflit franco-allemand de 1870-1871 qui en est l’une des causes lointaines. La mémoire nationale a surtout retenu la chute de Napoléon III, le ballon de Gambetta, le siège de Paris et la perte de l’Alsace-Lorraine. Cent cinquante ans plus tard, il est utile de redécouvrir ces événements alors vécus comme une rupture majeure.

Les causes de la guerre sont liées à l’unification allemande : vainqueurs de l’Autriche à Sadowa en 1866, les Prussiens dirigés par Otto von Bismarck créent la Confédération de l’Allemagne du Nord que préside le roi de Prusse Guillaume Ier. L’équilibre de l’Europe, maintenu à peu près depuis le congrès de Vienne (1814-1815), est profondément ébranlé. Napoléon III n’est pas hostile à l’unification de l’Allemagne du Nord, mais la France n’obtient aucune compensation géostratégique (sauf la neutralisation de Luxembourg) et craint que l’Allemagne du Sud ne tombe à son tour sous la domination prussienne. En juin 1870, Napoléon III est sur le point de s’allier avec l’Autriche-Hongrie et l’Italie.

À la suite d’une crise diplomatique provoquée et très habilement exploitée par Bismarck, la guerre éclate entre Paris et Berlin le 19 juillet 1870. Le gouvernement français, poussé par une opinion publique surchauffée, croit à la force de son armée. C’est une lourde erreur. Les États d’Allemagne du Sud se joignent à la Prusse contre la France. Les premiers combats, début août, mettent fin aux illusions mais aussi aux projets d’alliances avec les Autrichiens et les Italiens. La défaite est complète à Sedan le 2 septembre ; Napoléon III est fait prisonnier. Le 4 septembre, la République est proclamée à Paris, avec pour programme la continuation du conflit.

Le Gouvernement de la Défense nationale est partagé : faut-il d’abord négocier une trêve avec les Allemands pour stabiliser la République en France, ou faut-il tenter avant tout de renverser la situation, pour fonder la République sur la victoire, comme en 1792. En septembre, Bismarck se montre intraitable et commence le siège de Paris. Il faut donc lutter. Une partie du gouvernement se réfugie à Tours. Adolphe Thiers se rend dans les capitales européennes pour tenter de convaincre les grandes puissances de faire pression sur Berlin. En vain.

Gambetta constitue plusieurs armées pour tenter de reprendre l’avantage, mais malgré d’héroïques engagements, l’échec est complet en janvier 1871. Tandis que la capitale est bombardée par l’artillerie prussienne, le roi de Prusse Guillaume Ier est proclamé Empereur allemand dans la galerie des glaces du Château de Versailles (18 janvier). La République doit reconnaître sa défaite ; Paris capitule et un armistice est signé à Versailles le 28 janvier.

L’arrêt des combats permet de tenir des élections législatives. L’Assemblée nationale élue le 8 février se réunit à Bordeaux et désigne Thiers comme chef de l’exécutif. Les préliminaires de paix sont signés le 26 février. Le 1er mars, des troupes allemandes défilent sur les Champs-Élysées. Le 18, les premières émeutes éclatent à Paris : c’est la Commune.

Le traité, négocié dans ce contexte de guerre civile, est finalement signé à Francfort le 10 mai 1871. L’Allemagne s’empare de l’Alsace-Moselle et occupera une partie du territoire français jusqu’au versement par la France de cinq milliards de francs-or.

Ce traité met fin à l’état de guerre mais ne construit pas la paix, car il ne permet pas la réconciliation entre les deux pays belligérants. L’Allemagne, devenue première puissance en Europe, bâtira le nouveau système international sur l’isolement et le déclassement de la France. Les Français au contraire chercheront les moyens de retrouver leur rang et d’effacer leur humiliation. En 1870-1871, l’Europe des nationalités, qui était en train de naître, est brutalement devenue l’Europe des nationalismes, bien plus dangereuse et bien moins européenne.

Les catastrophes du XXe siècle ont conduit à relativiser le conflit qui, entre juillet 1870 et janvier 1871, provoqua d’un côté la chute du Second Empire et de l’autre l’avènement de l’Empire allemand ou Deuxième Reich. Pourtant, sans ce traumatisme mémoriel, on ne peut comprendre l’histoire de France sous la IIIe République ni celle de l’Europe jusqu’aux deux guerres mondiales du XXe siècle.

 

Yves Bruley

Maître de conférences h.d.r. à l’École Pratique des Hautes Études

 

 

Bibliographie

François Roth, La guerre de 70, Paris, Fayard, 1990.

Nicolas Bourguinat et Gilles Vogt, La guerre franco-allemande de 1870. Une histoire globale, Paris, Flammarion, coll. « Champs histoire », 2020.

 
Strasbourg, 1870 ©Wikicommons / Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg
Départ de Gambetta pour Tours par Jules Didier ©Wikicommons / Musée Carnavalet
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