DEVENIR MÉCÈNE

Le Héron

Il s’agit de la fable IV du livre VII des Fables choisies, publié en 1678. Le fonds Erhard comprend 61 illustrations de cette fable.


Pistes pédagogiques

 

  • Relever dans le texte les vers qui plantent le décor et les mettre en parallèle avec leur transposition dans les images. Commenter.
  • Relever dans la fable les différents procédés par lesquels s’exprime la morgue. Faire la même chose pour les illustrations. Commenter l’éventail des possibilités respectives.
  • La fable se déroule en 26 vers. La plupart des illustrateurs la font tenir tout entière en une image. Regarder attentivement les illustrations proposées pour repérer l’ensemble des éléments du récit.

Choisir le vers que l’on préfère et l’image qui pourrait l’illustrer.

 

Le Héron

 

Un jour, sur ses longs pieds, allait je ne sais où
Le héron au long bec emmanché d’un long cou :
Il côtoyait une rivière.
L’onde était transparente ainsi qu’aux plus beaux jours ;
Ma commère la carpe y faisait mille tours
Avec le brochet son compère.
Le héron en eût fait aisément son profit :
Tous approchaient du bord, l’oiseau n’avait qu’à prendre ;
Mais il crut mieux faire d’attendre
Qu’il eût un peu plus d’appétit :
Il vivait de régime, et mangeait à ses heures.
Après quelques moments l’appétit vint : l’oiseau
S’approchant du bord vit sur l’eau
Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures.
Le mets ne lui plut pas ; il s’attendait à mieux,
Et montrait un goût dédaigneux
Comme le rat du bon Horace.
« Moi des tanches ? dit-il, moi héron que je fasse
Une si pauvre chère ? Et pour qui me prend-on ? »
La tanche rebutée il trouva du goujon.
« Du goujon ! c’est bien là le dîner d’un héron !
J’ouvrirais pour si peu le bec ! aux dieux ne plaise ! »
Il l’ouvrit pour bien moins : tout alla de façon
Qu’il ne vit plus aucun poisson.
La faim le prit, il fut tout heureux et tout aise
De rencontrer un limaçon.

Ne soyons pas si difficiles :
Les plus accommodants, ce sont les plus habiles :
On hasarde de perdre en voulant trop gagner.
Gardez-vous de rien dédaigner,
Surtout quand vous avez à peu près votre compte.
Bien des gens y sont pris. Ce n’est pas aux hérons
Que je parle. Écoutez, humains, un autre conte.
Vous verrez que chez vous j’ai puisé ces leçons.

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