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10 janvier 1971 : Mort de Gabrielle Chanel

France Mémoire - 10 janvier 2021

Cinquante ans après sa mort, la couturière reste une icône de la mode. Retour sur la carrière d’une femme qui mena son entreprise de main de maître et inventa de nouvelles formes de l’élégance. 

Gabrielle Chanel naît le 19 août 1883 à Saumur. À la mort de sa mère, elle est envoyée dans un orphelinat à Aubazine où elle apprend la couture. En 1903, elle s’installe à Moulins. Le soir, la jeune fille chante dans un café où elle devient Coco grâce à son interprétation de « Qui qu’a vu Coco dans le Trocadéro ». Elle y rencontre son premier protecteur et amant vers 1906.

 

Grâce à Étienne Balsan, Coco fréquente la société bourgeoise. Son style affirmé est rapidement remarqué et les commandes de chapeaux affluent. Balsan lui prête sa garçonnière pour ouvrir sa boutique de modiste. Chanel se lie alors avec l’industriel Arthur Capel. En 1910, il lui prête l’argent pour louer un local commercial dans la capitale, au 21, rue Cambon. À l’été 1913, Boy Capel investit dans une boutique à Deauville où elle présente ses premiers vêtements. Avec le déclenchement de la guerre, de riches Parisiens à la mode s’installent à Deauville et achètent chez Chanel. Sa nouvelle coupe, un carré court, est rapidement copiée. Chanel crée ses premières lignes de jersey avec des manteaux ceinturés assortis aux jupes. Un an plus tard, la revue Élégances parisiennes présente ses silhouettes remarquables par leur simplicité. Quant aux vêtements du soir, ils sont d’un romantisme sans honte. Les robes en dentelle noire de Chantilly avec filets dorés et glands de jais remportent un succès immédiat. En 1918, Chanel est enfin une célébrité mais perd au même moment Arthur Capel dans un accident de voiture. Après ce drame, elle n’aura de cesse de travailler et de s’endurcir.

 

Sa liaison avec le Grand-duc Dimiti Pavlovitch, de la dynastie des Romanov, influence ses broderies devenues folkloriques. Chanel continue de simplifier les coupes, de proposer moins de tissus brocardés et des ourlets plus courts. Ses locaux de la rue Cambon s’agrandissent. Les succès s’enchaînent. En 1921, elle lance sa fragrance dans un flacon épuré. Le n° 5 contient des aldéhydes pour améliorer le parfum d’ingrédients naturels coûteux, comme le jasmin. Le Vogue US vante, en 1926, « la ‘Ford’ de Chanel – la robe que le monde entier portera ». Le mythe est en marche. Elle réalise des costumes de scène, comme ceux de l’Antigone de Jean Cocteau (1922), du ballet russe Le train bleu (1924) et du film La Règle du jeu de Jean Renoir (1938). Chanel ouvre son propre atelier de bijouterie où elle fait concevoir ses longues chaînes avec des pierres colorées et des pendentifs en forme de croix. En contraste avec les présentations traditionnelles, elle fait installer des miroirs en verre dans son salon de couture parisien. Malgré la Grande Dépression, Chanel compte 3000 à 4000 employées selon les sources en 1935. Mais les couturières se mettent en grève en juin 1936 pour protester contre leurs salaires et conditions de travail. Intraitable, Chanel refuse d’appliquer l’accord de Matignon et licencie 300 femmes.

 

Durant la Seconde Guerre mondiale, Chanel ferme sa maison mais continue à vendre ses parfums. Elle vit à Paris à l’hôtel Ritz avec un officier allemand. Les Wertheimer, alors propriétaires de la société Bourjois, détiennent les parfums Chanel depuis 1921. Juifs exilés aux États-Unis, ils laissent la direction à un ami mais la couturière tente de profiter des lois d’aryanisation pour réclamer l’entière propriété des parfums. Lorsque Paris est libérée, elle s’enfuit en Suisse pour revenir une décennie plus tard. En 1954, Chanel a soixante-dix ans. Sa collection d’après-guerre est mal reçue par la presse qui l’estime déconnectée du marché moderne. Mais elle réussit à se repositionner comme une créatrice de mode de stature internationale avec son parfum masculin, Pour Monsieur, et ses sacs à main matelassés à bandoulière. Ses prises de position publiques à l’égard de la minijupe qu’elle abhorre détournent la clientèle jeune de ses créations. Devenue classique, elle habille les bourgeoises et les femmes

de chefs d’État, comme Jackie Kennedy. Chanel meurt le 10 janvier 1971 alors qu’elle prépare sa collection haute couture printemps-été 1971.

 

Dr. Audrey Millet, chercheuse en histoire, auteur de Fabriquer le désir, Histoire de la mode de l’Antiquité à nos jours, Belin

 

Pour en savoir plus : 

Livres et documentaire : -Amy de la Haye, Shelley Tobin, Chanel: The Couturiere at Work, London, V and A Publications, 1994.

-Axel Madsen, Coco Chanel: A Biography, London, Bloomsbury, 1990

-Paul Morand, L’allure de Chanel, London, Herman, 1976

-Patrick Mauriès, Jewellery by CHANEL, London, Thames and Hudson, 1993

-La Guerre du No 5, de Stéphane Benhamou (Fr., 2017, 55 min)

 

-Les ressources en ligne de la maison Chanel : Gabrielle Chanel, fondatrice de la Maison CHANEL 

Gabrielle Chanel © Wikicommons
Gabrielle Chanel © Wikicommons

Actualités

Exposition au Palais Galliera

Le Palais Galliera présente la première rétrospective en France d’une couturière hors normes : Gabrielle Chanel (1883-1971).

Dans ces années où Paul Poiret domine la mode féminine, Gabrielle Chanel, va dès 1912, à Deauville, puis à Biarritz et Paris, révolutionner le monde de la couture, imprimer sur le corps de ses contemporaines un véritable manifeste de mode.

Chronologique, la première partie évoque ses débuts avec quelques pièces emblématiques dont la fameuse marinière en jersey de 1916 ; elle invite à suivre l’évolution du style de Chanel à l’allure chic : des petites robes noires et modèles sport des Années folles jusqu’aux robes sophistiquées des années 30. Une salle est consacrée au N°5 créé en 1921, quintessence de l’esprit de « Coco » Chanel.

En regard du parcours articulé en dix chapitres, dix portraits photographiques de Gabrielle Chanel ponctuent la scénographie et affirment combien la couturière a incarné sa marque. Puis vient la guerre, la fermeture de la maison de couture ; seule subsiste à Paris au 31, rue Cambon la vente des parfums et des accessoires. Viennent ensuite Christian Dior et le New Look, ce style corseté qu’elle conteste. Gabrielle Chanel réagit avec son retour à la couture en 1954 et, à contre-courant, réaffirme son manifeste de mode.

Thématique, la seconde partie de l’exposition invite à décrypter ses codes vestimentaires : tailleur en tweed gansé, escarpin bicolore, sac matelassé 2.55, couleurs noir et beige bien sûr, mais aussi rouge, blanc et or… sans oublier les bijoux fantaisie et de haute joaillerie indispensables à la silhouette de Chanel.



 

Gabrielle Chanel. Manifeste de mode. (Jusqu’au 14 mars.)

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